Quand j’écris les noms de ces villes, c’est comme si je me retrouvais en plein conte de fées. Je vous ai parlé des Rois Maudits, de Games of Throne, Excalibur, ça me transporte. C’est une fantaisie. Et depuis que je suis ici, je ne vis pas tout à fait dans la réalité.
Lorsque mon fils est né, il a eu deux marraines. J’avais une vision plus « Disneyish » de ce rôle que « catholique », disons. J’envisageais sa vie entourée d’amour familial. Je ne pense pas avoir réussi dans le sens traditionnel du terme. Je crois que nous sommes l’un pour l’autre, mon fils et moi, une planche de résonance pour se valider. J’assume cette responsabilité. Mais il est et restera la meilleure chose que j’ai faite et le meilleur de ce que je suis. Il est, j’en suis persuadée, une version améliorée de moi. Je le trouve sage et posé. Il est autonome, c’est le mieux que je pouvais faire pour lui. Je suis une rêveuse et une idéaliste avec mes histoires fabuleuses de chevaliers, de princes et de princesses, avec les châteaux que je visitent actuellement, Arnaud porte le nom d’un des personnages de cet univers.
Je reviens à l’actuel, quand on est devant ces splendeurs médiévales, les inventions de Michel-Ange et de Léonard de Vinci, qu’on entend la musique de Mozart, Bach, Beethoven ou qu’on lit les écrits de Molière, il y a une pérennité intemporelle et éternelle de ces oeuvres qui me semble-t’il nous fait ressentir notre petitesse devant tant de génie.
Lorsqu’à Blois, le château s’est présenté à moi, que j’ai vu le petit quartier où les commerces sont sympathiques et bucoliques où j’ai échangé avec la chocolatière, avec le serveur du petit bar, lorsque je suis arrivée au marché et que les marchands ont l’air de personnages de bandes dessinées. Ils vivent leur vie et moi, la mienne et je sens que nous sommes dans des réalités différentes. Je suis dans un état d’esprit où je bois l’histoire comme du petit lait. C’est peut-être cette dualité qui m’étonne. La majesté des lieux conjure des images chevaleresques et les temps modernes (les miens) ne sont pas en accord avec cette représentation. Je suis élevée et transcendée. Je suis dans un état d’esprit qui n’a rien avoir avec la quotidienneté. Et, je sens qu’eux, ils y sont. J’entends par là, que la maxime qui dit que l’herbe est souvent plus verte ailleurs, s’appliquent d’où qu’on vienne. Quand même, il y a un lien à travers les époques qui nous relient et j’aime ce lien. J’ai tellement jamais su ce que je voulais dans la vie que maintenant que je pense que je trouve ce que JE veux, j’ai peur de manquer de temps et de moyens.
C’est la crise de la soixantaine ? Je ne sais pas. Anyway, pas important pour le moment, je fais ce que j’aime.
Alors, super hôtel, Ibis de Blois – Centre Gare. Le Wifi S U P E R S O N I Q U E. Cette bannière fait partie d’une chaîne nommée Accord. Je ne connaissais pas mais j’aurais jamais pensé dans ma vie que le wifi prendrait une telle place. J’avais une stratégie en allant à Blois, je voulais faire le château, celui-ci, celui de Chambord et celui de Cheverny. Surtout, je voulais faire 2 restaurants : Assa et Ezia. Le premier, une étoile Michelin et le second une recommandation de Gabrielle à Chenonceau. Comme si on était des amies d’enfance….je sais pas, on était sur la même longueur d’onde.
Ces deux restos ont la même école de pensée et c’est là que d’être seule est ordinaire. Personne à qui dire, goûtes-tu ce que je goûte ? Te souviens-tu, ça me fait penser à tel resto ou tel repas qu’on s’est fait. Meilleur resto à vie ? Meilleur resto en 1992 ? Les beaux verres chez Richard Bastien Le Leméac et puis on répète ad nauséam, pis on s’en fout parce que c’est l’historique. Et puis quand l’un ou l’une se répète, c’est pas grave parce que l’autre a oublié…la trame de nos vies. Tous ces évènements et ces histoires auxquelles on n’a pas nécessairement assisté, il y a quelqu’un pour nous les raconter et nous donner l’occasion de dire : « oui c’était comme ça ou non, c’était pas tout à fait ça ».
Alors parlons de ces restaurants. Ils sont d’une précision militaire et d’une redoutable efficacité. Et on voit alors toute la créativité requise des artisans à la même enseigne que les grands peintres, les grands musiciens. Une inspiration qui doit être le lien de l’art ou de l’univers. Qui vient toucher à mon âme et qui transcende l’expérience. Il faut qu’à quelque part, ce fil conducteur existe. Sinon, comment on fait pour ressentir tout la magnitude de l’oeuvre ? Et ça prend tout le village pour faire la présentation, les serveurs, les lieux, les sous-chefs, les laveurs de vaisselle. Tout le monde est essentiel.
ASSA : https://www.assarestaurant.com/
L’emplacement est un peu à l’extérieur de la cité médiévale. Malheureusement pas atteignable à pied. Mais 4 minutes en taxi du super hébergement : https://all.accor.com/hotel/8141/index.fr.shtml
Fusion japonais et terroir de la Loire. Face au fleuve d’où il tire les poissons sur le menu. Quand on regarde la signification littérale, ça signifie « gomme végétale » ce que je trouve approprié et logique. Je présume qu’on peut faire à manger avec ce suc. En réalité, me dit le sommelier, le terme qu’on doit voir c’est ASA, qui veut dire « matin ». http://Asa (朝) : le matin, c’est lorsque la nuit se termine ou que le jour débute ? Pour faciliter la prononciation, un « S » a été rajouté. Les photos sont plus éloquentes que les mots et le sentiment qui m’habite quand j’y arrive est encore plus parlant. Tous les serveurs sont habillés de manière identique, avec un petit Fedora en paille, veston beige et pantalons noirs. Un petit air suranné pour l’uniforme, je comprends l’intention. D’être assise seule parmi des tables de plusieurs, c’est malaisant. Je ne ferai pas une thèse de 4 heures là dessus. La curiosité prend le dessus. Le logo du resto est un arbre formé de cinq branches
qui rappellent que cette tradition dure depuis cinq générations de boucher. Les plats n’y sont pas énumérés, c’est une histoire racontée via la terre et la mer indiquant l’arc principal. Cela ressemble à Pastel https://www.restopastel.com/menu à Montréal. Les plats sont les personnages et les acteurs en sont les serveurs, les chefs, les sous-chefs etc. Il y a une introduction à chaque plat et « touttt est dans touttt ». On s’exprime, la bouche un peu fermée ce qui fait qu’on ne comprend pas toujours bien. C’est difficile de faire la connexion humaine avec eux. De se reconnaître et de s’apprivoiser. C’est pas tout à fait l’expérience humaine que j’aurais aimé je comprend que c’est chirurgical la patente et je fais avec. Encore le verre à moitié vide…c’est une expérience gastronomique. À la table d’à côté, il y a 7 + 1 personnes. 7 adultes et un bambin de 2 ans approx. J’ai anticipé le pire et puis finalement, le bambin et moi, on a fait copain – copain. Il était sympathique et moi aussi.
Ezia : https://www.ezia-restaurant.fr/
J’ai bien aimé la déco du resto. Dans des tons de glaciers et de terre. Épurée, là aussi mais avec plus d’éléments qui viennent appuyer les plats. Les oeuvres d’art sont savamment choisies et sont fascinantes. Les luminaires originaux. La valse des serveurs qui acheminent les plats et les boissons jusqu’à la table. Il y a tout de même, une petite instabilité quand je me mets à parler ou si je pose des questions, on les sent fixé sur la tâche, c’est ainsi que je parle de précisions chirurgicales. Le gens en général, pas uniquement chez Ezia me regarde avec un air circonspect, en se demandant si je parle en ancien français…mais la précision de la mise en place et la vue sur les cuisines, c’est super. Pas de danger que quelqu’un mette quelque chose dans ton assiette sans que tu le vois. Pas que ça se serait produit mais c’est sympathique et rassurant de voir les gens travailler. J’adore le concept – how’s its made – je pourrais regarder pendant des heures. Les chantiers de maison, si j’avais le temps, c’est certain que je m’assoirais avec une chaise pliante et je regarderais les solages se couler, les formes se monter…
L’accent québécois, c’est une forme de passeport aussi. Et ça ouvre les communications. J’aurais le goût de demander à tous les gens qui voyagent seuls – Micheline ? Comment tu te sens quand tu pars dans tes périples académiques en Asie ?
Les photos parlent par elles-mêmes, ce sont là aussi des oeuvres d’art et vraiment, ça m’aurait pris un gros estomac comme avant pour tout avaler parce qu’il n’y a rien, vraiment rien où je me suis dit, bon, c’est ordinaire, je ne mange pas. Trop beau pour être mangé en fait. Et les mots pour le dire, sont inefficaces. Je ne peux pas exprimer quelle chance j’ai eue de pouvoir manger à cette table. À l’orée de Chambord, Montlivault. Je me contenterai encore de mettre des photos, qui ne sont pas à la hauteur mais qui parlent de « l’artisterie » , un anglicisme mais qui est tellement joli à mes oreilles.



























